Réminiscences d'enfance 01

                  La synagogue était un édifice sans aucun attrait. C’était une bâtisse austère de forme sans aucune particularité architecturale ni symbole gravé ou incrusté sur le fronton de la façade… Un temple pour juifs qui datait de l’époque coloniale.. La simplicité de la forme reflète fidèlement l’austérité voire l’avarice légendaire des juifs. C’était une salle spacieuse à l’intérieure éclairée par de grandes fenêtres qui ne dépassaient pas la norme des dimensions des fenêtres françaises de l’époque… Peu de fenêtres, l’intérieur était mal éclairé voire sombre.. Meublé de bancs en bois qui ne paraissait pas de bonne qualité. Les bancs étaient aussi simples sans sculpture ni rajouts décoratifs. A mon époque, l’autel ou endroit qui servait aux prêches du rabbin a été vidé. Il n’en restait aucune trace, seule une estrade a remplacé ce qui servait d’autel ou pupitre aux juifs du temps colonial. L’estrade était pareille à celle qu’on avait dans nos classes d’école seulement plus grande ou plutôt un nombre d’estrades placées l’une contre l’autre pour former une scène de spectacle… Ce qui est bizarre c’est qu’il y avait qu’une seule porte qui donnait accès à cette grande salle.. A l’indépendance la salle a perdu sa vocation de synagogue et transformée sans grands changement hormis cette scène de fortune bricolée avec ces estrades qui reflétait sa transformation en un lieu de loisir pour jeunes mais je ne voyais rarement une fréquentation régulière de ce lieu par les jeunes auxquels était destiné. Le préposé affecté à ce lieu, un homme, qui m’inspirait à la fois un sentiment mitigé de mystère et d’admiration. Mystère de sa vie presque d’ermitage qu’il menait dans cette sale. A l’intérieur retiré au fond, un enclos qui lui servait de chambre à dormir et une salle d’eau destinée aux toilettes. C’es là qu’il vivait en élisant résidence temporaire ou ce qui m’a semblé être. Mon admiration était pour son sens aigu de la propreté et son hygiène de vie qui ne cadrait pas avec la misère ambiante dans notre société à l’époque. Il s’appelait Mouas, et dans ce lieu de loisir, on ne voyait en réalité qu’un groupe d’un nombre limité qui devaient être les amis ou camarades de Mouas. A chaque fin de journée et Weekends, ce groupe se rencontrait surtout pour jouer aux cartes et autre jeux de sociétés… Ce qui m’intriguait c’était ces petits jetons de couleurs de forme rectangulaires ou ronds que je ne savais pas à quoi ils servaient et je trouvais étrange que des jeunes aussi âgés jouaient aux jetons car les seuls jetons que je connaissais étaient ceux de mon école avec qui il nous apprenaient à compter. Ce n’est que plus tard que j’ai appris que les jetons dans la vie servaient comme monnaie d’échange dans les tables de jeux dans les maisons de jeux. . Mouas qui paraissait être un bel homme dans une certaine mesure, faisait tout pour le transparaitre avec des cheveux longs et lisses et qui ne ratent jamais ses rendez-vous du coiffeur pour les couper tout juste au millimètre près .Ils paraissait posséder ce lieu au point où on a abandonné le terme Chnougha avec lequel on désignait la synagogue pour parler carrément, que du chez Mouas ; ainsi on allait chez et venait de chez Mouas…Ils était en bonne relation avec les enfant et particulièrement un certain enfant, qui l’envoyait faire des courses de tous genre et parfois des courses assez particulières. A l’époque ce genre de course ne nous étaient pas du tout étranges dans notre quartier mais aujourd’hui elles le sont réellement.. Aller acheter une bière ou un demi pour le compte d’un adulte était une course courante pour les enfants. On le faisait non pas du bar le plus proche et Dieu sait combien de débits de boisson étaient aussi proches de notre quartier. On devait aller plus loin, là où on devait l’acheter au prix du gros afin de faire l’économie de quelque Douros c’était aux dépôts. Il faut rappeler au passage que les cafés étaient rares dans la ville…D’ailleurs les cafés étaient destinés qu’aux gens âgées et ceux de la campagne qui étaient leur lieu de rencontre après une journée passée au marché à bestiaux dont spécialement, un qui se trouvait aux alentours de la poste, je parle de l’ancienne poste de la ville et non pas le bunker qui a été érigé par la suite pour faire office de poste…Mais cela est une autre histoire de cette ville… Hormis ce café de la poste, il y en avaient d’autres qui n’offraient pas de table et chaises mais des tapis à l’alfa jeté à même le sol pour voir ses clients s’assoir dessus soit jambes croisées ou dans cette fameuse posture distinctive d’une certaine catégorie de gens, qui consistaient à s’assoir sur une de ses jambes et plier l’autre vers soi . Le genou ainsi dressé sert parfois de repose tète. Ce genre de cafés étaient exclusivement destinés aux jeux de carte espagnoles avec des mises qui dépassait le cadre de l’argent pour voir proposer à la mise des choses qui relèvent de l’insolite jusqu’à l’indécent.. C’était aussi une vie de notre ville.. Et plus tard, lorsque ces cafés ont disparu, on désertait carrément la ville pour se rencontrer dans des lieux dans la périphérie de la ville pour s’adonner à ces jeux qui frisèrent l’extrême dans la nature des mises. Ces lieux, on les appelait les trous (Ghar) et ils n’ont pas usurpés leur nom. Mais revenant à nos courses d’antan anodines devenues indécentes aujourd’hui.. Ces courses étaient normales dans le temps parce que tout simplement toute la ville, sa campagne comprise, consommait de la boisson alcoolisée, si on veut l’appeler ainsi par euphémisme. Les banquets des fêtes de mariage s’organisaient dans la piscine municipale avec des bières où il y avait aussi un bar. Je vous dis que les cafés n’avaient vraiment pas pignon sur rue dans notre ville. Donc Mouas n’enfreignait pas à cette règle lui natif de cette ville et bien entendu, ces fameuse courses consistaient à se procurer de la bière ou du vin non pas de chez les bars mais des dépôts qui devaient les vendre moins cher et économiser sur le prix de la boisson. UN de ses dépôts, où ce qu’on appelait ainsi, m’impressionnait par ces montagnes de cageots empilées les un sur les autres à une hauteur qui vous donne du tournis, surtout pour moi, enfant chétif que j’étais. Et sans citer de noms, car de nos jours hormis Fesraoui, qui n’était pour moi qu’un enseignant dur et sévère presque tortionnaire dans ses punitions, qui déclare aujourd’hui haut et fort son intention à commercer dans ce genre de produits, tous les autres le font de plus ou moins dans une discrétion feinte., et toujours sans citer de nom, j’ai été impressionné par ce Monsieur qui demeurait assis au seuil des grandes portes de son dépôt de boissons à longueur de journée que tout le monde le saluait et le respectait que je croyais un dignitaire de la société, car pour moi, enfant que j’étais, vendre de la boisson « sucrée » comme dirait cet animateur d’une émission satyrique, ne me paraissait pas quelque chose de spécial puisque tout le monde en consommait. Cet homme qui s’assoyait à longueur de journée au-devant de son dépôt me renvoyait une image pleine de mystères. En effet comment se fait il que cet homme qui vend du vin mais qui n’a pas à l’intérieur de son dépôt ce grand pétrin ou on devait piétiner au sens propre du terme les grappes de raisins pour en tirer le vin car pas plus loin de son dépôt, j’assistais à chaque période de moisson des vignes, à ce défilé interminable de ces tracteurs dont les remorques jonchés de grappes de raisin auxquelles on s’accrochait pour en arracher de quoi remplir des couffins entiers et voir ces remorques déverser leur contenu dans ces grands récipients tels des pétrins de boulanger et attaqués par des ouvrier à les faire écraser à l’aide de leurs pieds sales et puants. Ces hangars hideux on les appelait Laoba que je n’ai jamais su sa signification, les nostalgiques d’une certaine époque les appellent les caves Lascars ou quelque chose du genre. Ainsi pour moi le vin était sale et répugnant car travaillé de la sorte mais chez le Monsieur du dépôt, le vin devait être propre et bien sentant car je ne voyais pas chez lui ces ouvriers avec des pieds crasseux malmener le raisin et le souiller de la sorte… Tout était propre et ordonné dans le dépôt, seul le bruit la manutention des cageots qui tirés ou portés pour être chargé ou déchargés, qui brouillait cet aspect enjolivé par les couleurs vives des cageots.
Revenant à Mouas, Il menait cette vie que beaucoup de gens lui enviait, jusqu’au jour où, une décision administrative, vient remettre tout dessus dessous, remarquons au passage que la ville dont on en parle n’a vu sa transformation rocambolesque qu’à travers ces « décisions administratives » dont le processus de leur maturation relève uniquement de considérations subjectives presque capricieuse de celui qui détient ce pouvoir indu de décision et exécutée à l’expéditive. Cette décision statua que désormais ce lieu serait alors un dépôt pour les livres scolaires, et affublé par cette domination abréviative, de CRDDP que personne ne peut en déchiffrer le sens de ces lettres à moins d’être de la boite.. Et dans le cours de cette décision, on lui a collé un Directeur, et heureusement pour lui, et je ne sais pas par quel miracle, on l’a gardé dans le nombre du personnel, et si ma mémoire ne me trahit pas, ce nombre n’était pas plus de trois, le Directeur, un chauffeur et Mouas qui devait surement s’occuper du compte et recompte des livres entrant et sortants …Il y avait un autre travailleur mais je ne sais pas ce qu’il faisait.. D’ ailleurs il était handicapé, il ne pouvait pas s’occuper de la manutention. Et Mouas se retrouva projeté carrément dans un autre cadre qui limita drastiquement de sa liberté de jouir à sa guise des lieux. Il tint le coup car il s’agit quand même de gagner sa vie et il demeurera dans cet établissement jusqu’à sa retraite même lorsque cet établissement a vu déménager vers un autre quartier dans des lieux aussi hérités de l’ère coloniale aussi. C’est une constante dans notre ville, on fait installer un organisme nouvellement créée à la place d’un autre qu’on a tout simplement ignoré sa fonction initiale et ainsi on tue la première activité sans connaitre l’impact de la deuxième. On tourne en rond, on tue une activité par lui créer une nouvelle à sa place….Et le jeu de l’accumulation continue.. La ville a été construite par ce jeu d’accumulation telle une décharge publique, le tas sur le tas qui forme l’amas et on vient ensuite pour enfouir le tout, ni vu ni connu …aucun repère pour s’en remémorer, on tue tout simplement la mémoire…On fait pareil aux hommes… Ainsi donc Mouas continua son bonhomme de chemin seul peut être même esseulé, et son petit monde qu’il a confectionné un moment donné a disparu et personne ne s’en rappelle. Mouas est un phénomène dans son genre je ne veux pas étaler trop sur sa vie au risque d’atteinte à sa vie privée mais je dois quand même dire qu’il était un Casanova sédentaire.. Mais je ne vais pas sans dire que les cheveux qui faisant son orgueil ont disparu, la nature est passée par là et en a fait des siennes, il a dû en souffrir au début de la chute mais depuis le temps il a dû se résigner et s’est livré à l’effet somme toute logique de l’âge. Je ne sais plus comment il devient aujourd’hui ni ce qu’il lui advenu, tout ce que je souhaite qu’il se porte bien coté santé car le reste n’est qu’éphémère…C’était l’histoire de la synagogue pas de Mouas, il faut bien faire la nuance car pour l’enfant que j’étais une synagogue pour moi est liée dans ma mémoire à Mouas. C’est la façon avec laquelle travaille ma mémoire. En effet je n’avais aucune relation personnelle avec ce monsieur, toutes ces images qui meublaient ma vie d’enfant m’étaient renvoyées par un jeu de perception sans plus et elles peuvent être totalement erronées. C’est pour cette raison et par déduction je précise que ces réminiscences relèvent pratiquement de la fiction.. Et toute ressemblance aux personnages et lieux, n’est que le fruit du hasard.

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